J’ai vu le nouveau spectable d’Edouard Baer : Les élucubrations d’un Homme soudain frappé par la grâce (de l’éloquence)

eloquence Edouard Baer

Edouard Baer surgit au beau milieu de la foule de spectateurs, qui l’acclame. Il annonce alors qu’il fuit un spectacle dans lequel il devrait jouer, pour se réfugier dans un autre, le nôtre. 

Puis il s’installe dans le décor, un bar, commande de « l’eau ou un double-scotch ». Suit alors pendant les 1h30 un alliage d’humour, de phrases chocs, de poésie, d’intensité lyrique et d’émotions.

L’acteur nous explique ensuite son incapacité à retourner sur la scène du théâtre d’à côté et finalement, son incapacité à affronter sa vie. Pour expliquer cette fuite, il cite dans La chute, d’Albert Camus : le passage fatidique où la femme se jette à l’eau et la descente morale et psychologique du protagoniste. S’ensuit alors une réflexion sur comment devenir un héros, sans perdre l’enfant qui est en soi.

Dans un deuxième temps fort, Edouard Baer joue la fièvre et l’impétuosité de Charles Bukowski, écrivant pour seul but, dit-il, de se déchainer sur sa machine à écrire et d’extérioriser ainsi la violence et l’humiliation subie dans sa jeunesse.

Dans un troisième temps, l’acteur nous lit un passage de Thomas Bernhard, avec une voix énigmatique, rempli d’étrangeté dans lequel le héros se rend compte qu’il aime Vienne malgré qu’il l’ait toujours détestée.

Ensuite, l’artiste nous parle de Romain Gary qui se demandait s’il avait été heureux et s’il souhaitait laisser une trace après sa mort, avant de conclure sur sa mort tragique. D’ailleurs, la vie et la mort font partie des thèmes principaux de ce spectacle, avec des interrogations comme « pourquoi sommes-nous nous et pas un quelqu’un d’autre ? », « quand est-ce que nous sommes nous et à quel moment de notre vie ? ». 

Enfin, le comédien livre quelques réflexions sur le théâtre qu’il compare à « une prison mentale ». Dans la pièce, il imagine aussi et imite des voix d’acteurs célèbres qui hantent le théâtre comme Jean Rochefort, Jean Gabin, Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle.

Pour finir, l’un des temps forts du spectacle fut un extrait, parfaitement maîtrisé par l’acteur, du discours d’André Malraux sur l’entrée au Panthéon de Jean Moulin.

« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi — et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé. Avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses. Avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres. Entre avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle — nos frères dans l’ordre de la Nuit… »

Avec son ton posé et son charisme, Edouard Baer sait nous transporter dans son univers.

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